Adolescents, les grands oubliés ?

Le défi de mieux accompagner les adolescents montréalais

Victimes de l’image préconstruite qu’on se fait de leur génération, les adolescents montréalais aiment profondément leur ville, mais se sentent délaissés. Après les parcs et les activités de l’enfance, ils ont soif de lieux plus adaptés à leurs besoins — de la quête d’adrénaline à l’envie de se retrouver entre jeunes, loin des adultes, dans des lieux sécuritaires. Les 11-17 ans aspirent à une ville qui leur fasse non seulement plus de place, mais qui les respecte, les écoute et accompagne leur envie de s’engager activement dans la collectivité.

« Nous sommes le futur de la société », ou l’importance de mieux considérer notre jeunesse.

Samuel Giroux

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Les adultes pensent toujours tout savoir plus que nous.

« Les adultes pensent toujours tout savoir plus que nous. Ils nous disent : “J’ai déjà eu ton âge...” », déplore Charlotte, 14 ans, Outremont. Comme elle, un grand nombre de jeunes âgés de 11 à 17 ans ont manifesté une certaine frustration face au « gap » qui existe entre eux et les adultes. Ils ne se sentent plus appartenir à l’enfance, ont beaucoup gagné en conscience du monde, mais ne sont pas pour autant perçus comme des interlocuteurs crédibles. Bon nombre d’entre eux nous ont ainsi confié se sentir dévalorisés et très peu considérés dans le partage de leurs idées comme dans leur désir de s’impliquer et d’endosser leur rôle de citoyens engagés, de jeunes adultes en devenir :

« Parce que nous sommes dans une période où on est un peu perdus à l’adolescence. On ne sait pas ce qui va se passer après. Qu’est-ce qu’on va devenir comme adultes, nos responsabilités. On ne sait pas ce qu’il y a après notre quartier parce qu’on vit dans notre quartier et c’est là que se passent la plupart des choses. Si on rencontre plus de gens, on va faire plus de liens. »

Talia, 15 ans, Ahuntsic-Cartierville

Il serait évidemment tentant d’attribuer l’expression de ce mécontentement à l’un des symptômes classiques de l’adolescence, cette période aussi magnifique que complexe où chacun découvre de nouvelles expériences et se développe à travers la construction de son identité.

Mais ce qui s’est manifesté pendant les Tours de tables était autrement profond. Les adolescents sont victimes d’une stigmatisation qui les empêche de s’épanouir en tant que futurs adultes. Portés entre autres par l’industrie médiatique et l’opinion publique, les stéréotypes sont nombreux : cette génération serait nonchalante, indifférente aux autres, connectée à longueur de journée aux réseaux sociaux.

À l’inverse de cette image, nous avons rencontré de jeunes adolescents très articulés, engagés et motivés à changer leur réalité en tant que citoyens de Montréal. Ils et elles avaient un discours élaboré et bien maîtrisé, qui tenait compte des mécanismes de sollicitation, de financement, et d’engagement politique et communautaire [voir à ce sujet l’analyse de Jonathan Durand Folco sur l’écocitoyenneté des jeunes Montréalais]. À titre d’exemple, voici ce que deux jeunes ont répondu quand nous leur avons demandé comment ils mettraient leur souhait à exécution :

« On doit aller dans des endroits où les jeunes se fréquentent le plus, surtout les écoles parce que c’est là qu’il y a tous les jeunes. On va aller exposer nos idées et voir ce qu’il leur tente le plus de faire. Une sorte de sondage, les rallier. Ensuite, exprimer nos idées, genre, sur le plan politique. Les plus grandes difficultés, ce serait : est-ce que ça va rassembler tout le monde ? Il y a sûrement des personnes qui ne sont pas tentées de faire ça. Il y a toujours des conflits de qu’est-ce que ça va coûter, où est-ce qu’on va faire ça. Il y a plein de difficultés, mais si tout le monde est motivé pour le faire, on va franchir les obstacles. »

Talia, 15 ans, Ahuntsic-Cartierville

« J’organiserais plus de festivals et j’engagerais des jeunes pour aider à organiser les activités. J’organiserais un programme pour favoriser l’accès à l’emploi aux jeunes. Pour publiciser le programme, je mettrais des affiches, j’en parlerais à l’école et je diffuserais sur Internet. Je travaillerais à la planification des festivals dès l’hiver, mais ceux-ci auraient lieu l’été. »

Anna, 16 ans, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

S’il est vrai que les 12-17 ans se sont montrés plus difficiles à mobiliser que les 6-11 ans — tables moins remplies, plus de désistements de dernière minute; il pourrait s’agir d’une certaine méfiance en réaction à la place et au rôle qu’on leur accorde socialement à Montréal —, nous avons senti chez eux un élan indéniable, et la qualité de leurs interventions était notable. Ces jeunes revendiquent leur place à Montréal, leur droit d’être écoutés, reconnus et pris au sérieux, veulent qu’on leur témoigne plus de confiance en tant qu’acteurs sociaux à part entière, et les interventions abondent dans ce sens :

« Vraiment, des fois, on a tendance à nous oublier, on se dit : c’est les adultes, tu sais, ce sont eux qui décident, mais dans le fond, Montréal, c’est notre ville du futur parce que c’est nous qui allons l’habiter dans le futur, je trouve ça intéressant [qu’on nous consulte plus]. »

Annabelle, 12 ans, Anjou

« [Si j’avais un souhait pour ma ville, ce serait] de focusser sur le gap qu’il y a entre l’enfance et l’adulte. Il manque quelque chose pour les ados, j’ai l’impression, autant pour les opportunités de travail. J’ai l’impression que les efforts sont mis partout mais à part là. Moi, je mettrais les efforts là. Faire ressentir aux adolescents qu’ils ont la même importance. C’est le futur de la société, qu’ils ont la même importance que les adultes qui sont déjà là en train de travailler ou les enfants que c’est le début de leur éducation. »

Cédric, 16 ans, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles

« On passe dans la rue puis on se fait regarder tout le temps. Il y a comme une image préfaite de l’adolescence. »

Catherine, 16 ans, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles

« Et en plus, nous, on a plein d’idées et souvent, on ne nous écoute pas et c’est bien d’avoir la chance de nous exprimer. »

Antoine, 12 ans, Anjou

« Je ferais beaucoup de travail auprès des jeunes. C’est eux qui vont être demain nos ingénieurs donc c’est ça, travailler auprès des jeunes. »

Kensa, 13 ans, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

« Une ouverture d’idées. Plus d’activités pour les jeunes, plus donner la voix aux jeunes parce qu’on n’est pas toujours là comme ça, mais plus d’activités comme celle-ci [Tours de tables] pour savoir c’est quoi les préoccupations des jeunes, qu’est-ce qu’on pourrait améliorer. Voir de manière fantaisiste ce que nous on voit. »

Fatima, 13 ans, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

« C’est aussi parce que nous on est comme le futur. On va innover dans le futur. »

Olivier, 12 ans, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

« Moi, je serais pour valoriser les jeunes et le futur. »

Florencia, 11 ans, Pierrefonds-Roxboro

Quotidiennement, les adolescents vivent avec les choix que font pour eux les adultes. Leur volonté de passer du statut d’objet au statut de sujet des politiques municipales est notable :

« Même si on nous écoute, c’est difficile de se faire entendre quand on est jeune. Ça prend plus de préparation. Même si on va au conseil municipal, il faut être bien soutenu. Et justement, c’est vraiment le fun qu’on nous écoute aujourd’hui. Par exemple, dans l’éducation, c’est nous qui recevons l’éducation, mais c’est jamais à nous que l’on demande notre avis. On nous dit que comme on est ado, on croit tout savoir alors qu’on ne sait rien. »

Charlotte, 14 ans, Outremont

À la question « Quand on change les parcs, est-ce que vous vous sentez consultés ? », elle répond ainsi :

« C’est dommage, car c’est nous en tant que jeunes qui l’utilisons le plus, mais on va pas nous consulter et ils vont demander à quelqu’un d’autre qui ne va pas aimer les enfants par exemple. »

Mieux accompagner les adolescents dans leur besoin de s’engager

Montréal, c’est plus d’une cinquantaine de Maisons des jeunes installées dans chacun des arrondissements de la ville (source : Ville de Montréal). Depuis 1974, ce réseau a pour mission « de tenir un lieu de rencontre animé où les jeunes de 12 à 18 ans [...] pourront devenir des citoyens critiques, actifs et responsables ». Ces organismes sont donc un moyen pour les 11-17 ans de s’impliquer, de se construire et de se valoriser en tant qu’individus.

Pourtant, bien que ces services existent, ils semblent être méconnus des adolescents, par manque de publicisation. Les discussions de cet été, en plus de confirmer l’attrait de tels lieux, ont montré l’importance de sensibiliser les jeunes à leur existence : plusieurs adolescents nous ont confié avoir certains problèmes lorsqu’ils et elles tentaient de s’impliquer dans leur quartier et dans leur environnement social. Laissés seuls face à leur envie d’agir, ne sachant à quelle porte frapper, ils ont fréquemment manifesté l’envie d’être informés et accompagnés pour trouver les moyens de s’impliquer :

« Mais aussi, il faudrait promouvoir le fait de faire du bénévolat. J’ai des amies qui veulent s’impliquer, là, y a le conseil jeunesse sauf qu’il n’y a pas d’affiches de conseil jeunesse. C’est quand même dur. Moi, je veux faire quelque chose sauf que le conseil jeunesse, tu ne sais pas comment y rentrer. »

Kensa, 13 ans, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

« Beaucoup de travail auprès des jeunes. L’implication, le bénévolat. Oui, il y a la promotion des conseils jeunesse. Promouvoir ça auprès des jeunes. Il y en a qui n’ont absolument rien à faire durant la journée. Ça existe, mais il n’y a pas de publicité. [...] [Et] il n’y a pas assez de personnes qui nous sollicitent à part ceux-là. Peu de personnes savent qu’il y a le forum jeunesse de l’île de Montréal. »

Fatima, 13 ans, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

« [Il faudrait davantage] aller voir les jeunes, car ils ont beaucoup de temps à donner. [Il y a une] mine d’or dans la jeunesse pour le bénévolat. »

Kaleb, 16 ans, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles

« Moi, je vais à la Maison des jeunes et je sais qu’il y a beaucoup de personnes qui pourraient être liées pour en parler. Si on faisait comme ici, en ce moment à l’autre Maison, eh bien ça irait jusqu’au maire. »

Mégane, 13 ans, Rosemont–La Petite-Patrie

Pour ces adolescents, il est aussi important de s’impliquer que d’être partie intégrante d’un mouvement plus ample, d’un souffle collectif. Cette envie d’agir est en effet indissociable de la question du sentiment d’appartenance. À travers leurs doléances, les 11-17 expriment leur besoin de s’enraciner et de trouver une place significative (à la fois importante et signifiante) dans leur ville :

« Les citoyens devraient plus s’impliquer dans leur quartier, car s’il y a des conséquences, c’est nous qui allons les assumer. Souvent, les citoyens, ils vont être plus... le maire va demander quelque chose et ils vont le faire, je voudrais qu’ils fassent par eux-mêmes. »

Mégane, 13 ans, Rosemont–La Petite-Patrie

« J’ai l’impression que c’est important de participer dans la communauté. »

Cédric, 16 ans, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles

« Ouais, les centres d’immigration. Parce que Montréal, c’est une ville qui a vraiment beaucoup d’immigrants. Mais parfois, pour les immigrants, pour trouver des ressources, s’ils arrivent ici sans famille, ils ne connaissent personne. Trouver des ressources, les orienter. Il y a pour certains qui ne parlent pas français. Et moi, je m’adresse plus aux jeunes pour leur intégration parce qu’eux ils arrivent, ils ne connaissent rien. Moi, je ne pense pas que ce sont des adultes qui peuvent faire leur intégration. Ce sont des jeunes comme nous qui peuvent venir les approcher et dire : Ok, ici c’est cool. Parler franc entre jeunes, quoi ! Parce que, tsé, quand quelqu’un arrive, souvent, ce sont les intervenants, puis on ne se sent comme pas vraiment à l’aise en parlant avec les intervenants. Il faut qu’il y ait des adultes pour nous guider et tout, mais comme la vague d’immigration qui vient d’arriver ici, je pense que c’est plus nous, les jeunes, qui pourraient les adapter à Montréal et leur dire : “Hey, il y a plein de choses à faire à Montréal !” Quand on se met ensemble, c’est plus facile de communiquer que quand ils sont avec un adulte, le temps de s’ouvrir. Comme les festivals de jazz, les orienter. Ils pourront découvrir Montréal comme ils ont dit et rencontrer des personnes, connaître la musique, la multiculturalité de Montréal, sa diversité. Alors si on peut les aider, les orienter dans leur parcours migratoire, moi, je trouve vraiment ça assez important. Pendant l’été, pendant l’hiver, ils pourront s’adapter à un mode de vie montréalais. [...] Moi, je pense qu’ils pourront plus s’ouvrir facilement, et s’épanouir comme vous et moi. »

Fatima, 13 ans, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

Le sentiment d’appartenance est indissociable des lieux de socialisation dont disposent les jeunes Montréalais. Hormis les Maisons des jeunes mentionnées plus haut, on mesure un véritable déficit d’espaces propres aux adolescents. Or, ces espaces sont essentiels à leur constitution en tant qu’individus, mais aussi en tant qu’acteurs sociaux. Pour preuve, cette aspiration, qui cristallise bien l’état des choses :

« Avoir plus d’espaces pour les jeunes — autres que les écoles — pour vivre ensemble. Des centres jeunesse plus ouverts pour vivre ensemble et éviter les drogues. Un centre où les gens s’identifient et aident à parler ensemble face à l’isolement. Avoir un sentiment d’appartenance. »

Florencia, 11 ans, Pierrefonds-Roxboro

« Moi aussi, je réunirais les jeunes, mais j’irais pas à un seul endroit. La bibliothèque par exemple, c’est pas tout le monde qui y va. Si je vais dans une école, ils vont croire que c’est dans le cadre scolaire, et je voudrais leur faire comprendre que c’est pas dans le cadre scolaire mais bien de sorties, tu vois. J’irais à plusieurs endroits comme des parcs pour demander à des passants un lieu pour les rassembler. »

Yara, 15 ans, Ahuntsic-Cartierville

Créer des lieux et une offre plus adaptés aux adolescents

Parmi les lieux de rencontre mentionnés pour les jeunes, les Maisons de la culture et les bibliothèques ont été évoquées tout au long des Tours de tables. Il s’agit de repères souvent importants pour les jeunes, car ils sont tout à la fois des lieux de rencontre et des espaces d’activités adaptés à leur âge.

« La bibliothèque Ahuntsic. C’est un centre où tous les jeunes vont. C’est comme un endroit de rencontres. La plupart ne viennent pas pour lire mais pour se rencontrer. C’est au milieu de plein d’écoles. »

Fatine, 12 ans, Ahuntsic-Cartierville

« Quand il pleut, on va à la bibliothèque. On ne va pas au parc. D’ailleurs nous nous sommes toutes rencontrées à la bibliothèque. »

Talia, 15 ans, Ahuntsic-Cartierville

« Sinon, y’a toujours la bibliothèque qui est près de chez moi. C’est toujours le fun, y’a plein d’activités pour les plus jeunes et les plus vieux. »

Mégane, 13 ans, Rosemont–La Petite-Patrie

« La bibliothèque et la maison de la culture juste à côté, le musée. Ça nous permet d’aller se culturer. »

Rachel, 15 ans, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles

Les bibliothèques ne peuvent être le seul point d’ancrage des adolescents, d’autant qu’elles ne sont pas également accessibles et dynamiques, selon les quartiers.

Mais les bibliothèques ne peuvent être le seul point d’ancrage des adolescents, d’autant qu’elles ne sont pas également accessibles et dynamiques, selon les quartiers. Les parcs, organisés pour les plus jeunes, ne sont pas toujours des lieux auxquels les adolescents s’identifient. Les modules ne sont plus adaptés à leurs besoins, eux qui aspirent à des défis à leur hauteur: des modules plus complexes, plus élevés, moins simples à escalader [voir aussi l’analyse de Pauline Neveu sur la culture et le divertissement à Montréal]. Une mère de Pierrefonds-Roxboro déplorait ainsi que son enfant de neuf ans soit trop grand pour les balançoires et commence à s’ennuyer dans son parc. À Verdun, il y avait un certain consensus derrière Alexandre, 12 ans, qui constatait :

« Il y a une belle offre d’activités pour les enfants, mais très peu pour les adolescents. Ce serait bien qu’il y ait plus de sports, de trampolines et diverses installations. »

Maxime, 13 ans, Verdun, abonde dans le même sens et propose plus de terrains de sport, des installations comme le bubble soccer lors des festivités comme celle d’aujourd’hui, mais également tout au long de l’année. Tous les participants s’entendent sur ce souhait.

Quant aux écoles, si elles présentent l’avantage de rassembler des enfants d’un même groupe d’âge, elles sont trop associées au quotidien. Les camps de jour ne jouent plus ce rôle, étant donné qu’ils ne sont plus offerts aux plus âgés :

« Quelque chose que l’on pourrait améliorer, c’est les camps de jour. Moi, cette année, j’ai fait un camp de jour en arts plastiques, mais les camps de jour s’arrêtent à 12 ans, comme pas mal tous les loisirs. Fait que moi, si j’ai 13 ans cette année, je ne pourrai plus aller dans les camps. Dans le fond, les ateliers spécialisés, c’est la seule chose qui me retient au camp de jour. Le fait d’avoir des camps spécialisés, je trouve ça vraiment intéressant. J’aime ça. Peut-être juste modifier les groupes d’âge un peu, peut-être l’augmenter, aller jusqu’à 14-15 ans. Il n’y en aurait pas énormément. Donc, faire un groupe 8-14 mais rendu à 13 ans, tu fais quoi ? Après ça, moi, j’ai plus rien à faire. »

Annabelle, 12 ans, Anjou

Entre le rôle joué par l’école et la bibliothèque, celui que ne jouent plus les parcs et les camps de jour et celui que pourraient jouer les Maisons des jeunes et les centres jeunesse s’ils étaient davantage connus de leur public-cible s’étend donc tout un territoire pour établir de nouveaux points de convergence destinés aux adolescents montréalais. La question de la sécurité s’est avérée primordiale, quand il s’agissait d’imaginer de nouveaux lieux pour la jeunesse :

« Il faudrait trouver des endroits entre écoles et bibliothèques pour que ça reste près des lieux des jeunes et il faut que ce soit sûr et sécuritaire contre [le] kidnapping et [les] problèmes divers, [qu’il y ait] assez d’espace pour [des] activités, donc [de l’] argent et [des] gens qui s’occupent des emplacements. »

Florencia, 11 ans, Pierrefonds-Roxboro

« J’aimerais qu’il y ait plus d’activités comme aujourd’hui dans les parcs. J’aimerais que les endroits publics soient davantage éclairés. Je souhaiterais une place extérieure où il y aurait de la musique, de façon à créer une ambiance... ».

— Anna, 16 ans, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

« Créer des activités pour les familles et les jeunes pour les occuper afin qu’ils ne volent pas ou ne fassent pas de graffitis. Par exemple, une plateforme pour le skate. »

Alexandre, 12 ans, Verdun

Outre la sécurité, l’ingrédient essentiel semblait être le caractère exclusif, du moins dans leur identification (ceci dit, Rachel, 15 ans, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles semblait trouver un vif intérêt aux « activités intergénérationnelles » qui la mettent en contact avec le monde des adultes). On parle de lieux ou d’activités conçus par et pour les jeunes. Les idées fusaient pour suggérer des activités rassembleuses permettant de sortir à la rencontre des adolescents qui vivent dans d’autres quartiers. Les participants ont clairement démontré un intérêt à apprendre des autres, des différences et de l’originalité de chacun et chacune :

« En fait, nous sommes plus centrés sur notre quartier, nous, les jeunes. Donc, ça serait plus comme une grande activité pour tous les jeunes de tous les quartiers. Peut-être un concours ou une course. Quelque chose qui puisse nous rassembler tous. Une grande activité pour tout le monde. Un événement rassembleur entre jeunes. De tous les quartiers. De tous, pour se connaître un peu mieux. »

Talia, 15 ans, Ahuntsic-Cartierville

« Nous, on est jeunes. On veut découvrir. On aime ça ne pas rester dans la même place. »

Lunas, 12 ans, Ahuntsic-Cartierville

Conclusion et recommandations

Pour permettre aux adolescents de Montréal d’être reconnus comme un groupe à part entière sur le plan politique, culturel, social, et lors des prises de décision collectives, plusieurs recommandations ont été faites par les jeunes eux-mêmes. D’abord, il faudrait créer des espaces de rencontre propices aux échanges et au développement des idées de projets et d’activités. Les adultes sont bienvenus pour encadrer, guider et assurer la sécurité, mais, comme le suggère Fatima, 13 ans, Villeray, c’est aux jeunes de se prendre en charge pour cultiver le sentiment d’appartenance à la ville. La création de ces lieux est indissociable d’une augmentation de l’offre de services (sportifs, culturels, de divertissement) extérieurs et interieurs qui tiennent compte des goûts et intérêts de la jeunesse montréalaise. Enfin, les adolescents aspirent à s’impliquer dans la communauté, à travers le bénévolat et les centres jeunesse, mais aussi par le biais de rencontres citoyennes. Ces moments de consultation et d’écoute répondent à un sincère besoin d’être valorisés et écoutés en tant que public-cible de nombreuses politiques publiques mais aussi en tant qu’adultes en devenir. Faire la promotion des associations et des consultations publiques ouvertes aux jeunes serait donc une belle réponse à cette envie de s’engager, de développer des compétences citoyennes et de combler cette grande disponibilité des adolescents.

Faciliter la transition vers l’âge adulte et valoriser leur pouvoir d’agir comme groupe social est d’ailleurs dans la droite ligne des priorités pointées par le gouvernement québécois dans sa Stratégie d’action jeunesse 2009-2014 (le gouvernement disait vouloir accompagner « sa relève » pour qu’elle « s’engage » davantage) ou dans celle de 2006-2009 (« favoriser la citoyenneté active de tous les jeunes du Québec », se mobiliser pour « une jeunesse forte et engagée » « dans sa réussite et dans son milieu de vie »). Par ailleurs, depuis le Sommet de la jeunesse tenu en 2000, la mise en place et le soutien financier d’espaces qui favorisent « l’expression de leurs revendications, tels les Forums jeunesse régionaux, dénotent une certaine volonté politique de faire une place aux jeunes au sein des instances décisionnelles. » (Morissette, Isabelle, L’expérience de la participation citoyenne à l’adolescence)

Transcripteur et étudiant en sociologie à l’UQAM, Samuel Giroux s’intéresse particulièrement aux inégalités sociales, à la toxicomanie, aux réalités autochtones, à la littérature et à la traduction, entre autres disciplines.