Culture et divertissement chez les jeunes Montréalais

Facteurs de joies, catalyseurs d’inégalités

Les loisirs sont centraux dans la vie des jeunes Montréalais. Leur perception de la ville tout comme leur quotidien sont charpentés autour des parcs, des festivals ou encore des activités sportives. Ces divertissements sont associés au plaisir, mais ils reflètent aussi les inégalités sociales et géographiques, et se transforment alors en source de différenciation, de peine, de frustration. C’est pourquoi, parmi les souhaits des jeunes, figurent une réduction du coût des loisirs (voire une gratuité totale) ainsi qu’une répartition plus homogène de ces derniers.

Pauline Neveu

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Une caractéristique semble faire l’unanimité dans tous les arrondissements : Montréal peut compter sur une offre diversifiée d’activités. Cette thématique est abordée quand on parle de la ville dans son entièreté, et non spécifiquement du quartier dans lequel vivent les jeunes. On peut supposer que c’est l’idée générale qu’ils se font de Montréal : on y est actif, il y a toujours « plein d’activités » à faire — le terme activité est d’ailleurs utilisé d’une façon générique, sans être spécifié ou détaillé. Quand les enfants et adolescents s’imaginent la métropole comme une personne, ils la décrivent, par exemple, pleine d’accessoires, géante, festive et musicale :

« Si Montréal était une personne, elle porterait beaucoup d’accessoires [qui représenteraient le grand nombre d’activités disponibles à Montréal]. »

Crina-Olivia, 12 ans, Lachine

« Elle aimerait beaucoup les festivals et la musique. Elle fait de son mieux pour être une ville en santé. Elle ressemble à une pomme... ou à un géant avec des écouteurs qui aime beaucoup les fêtes ! »

Floriane, 10 ans, Lachine

« Je la verrais avec différentes couleurs flash et fluo pour les festivals. Elle est sportive. Aussi, elle aurait un chapeau de construction : il y a toujours des réparations et des trous dans les rues ! »

William, 11 ans, Lachine

« Elle aurait un vêtement de chaque couleur par rapport à ce qui se passe... »

Mia, 11 ans, Lachine

« On dit “une personne très colorée” pour parler de quelqu’un de vif et gentil. Et comme elle fait beaucoup d’activités, c’est vrai qu’elle est vive et gentille. Mais je dirais pas discrète parce qu’il y a beaucoup de festivals à Montréal. Même dans les autres villes on en entend parler de Montréal et de ses festivals. »

Mehdi, 8 ans, Ahuntsic-Cartierville

Les jeunes soulignent et apprécient la diversité et la multiplicité des activités qui leur sont proposées à Montréal.

Dans le même ordre d’idées, les jeunes soulignent et apprécient la diversité et la multiplicité des activités qui leur sont proposées à Montréal :

« tous les spectacles », « il y a plein d’activités... », « les événements sont nombreux ». La ville permet de sortir, de s’impliquer : « On ne s’ennuie jamais [...] », « il y a toujours quelque chose à faire. »

« Ce que j’aime aussi de Montréal qui pourrait le rendre plus joyeux, c’est tous les spectacles, les gens improvisent dans les ruelles, il y a des festivités, des parcs : on ne s’ennuie jamais vraiment à Montréal ! »

Mégane, 13 ans, Rosemont–La Petite-Patrie

« Moi, j’aime les événements, comme le 375ᵉ, les événements sont nombreux. À Mont-Royal [où j’habitais avant], il y avait moins d’événements. »

Alexandra, 13 ans, Outremont

« Parce que la ville de Montréal a plein d’expressions, plein d’activités, plein d’intensité. »

Matéo, 12 ans, Le Plateau-Mont-Royal

« C’est cool [de] vivre à Montréal. Il y a plein d’activités, tu ne peux pas rien faire. Il y a toujours quelque chose à faire. »

Anthony, 12 ans, L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève

« Un guépard ! Parce que tous les festivals et ce que contient Montréal avancent à une vitesse folle. Ça évolue à chaque année ! »

Youssef, 11 ans, Verdun

« Plus comme une femme, il y a beaucoup d’événements, c’est ça, elle est très ouverte, multiethnique surtout. »

Matthieu, 17 ans, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce

« Moi, j’aime Montréal parce que c’est jamais calme, c’est vraiment cool. Il y a beaucoup d’activités. Il y a beaucoup de cafés discussion, dans notre quartier, il y a beaucoup d’activités comme celle d’aujourd’hui. »

Yara, 15 ans, Ahuntsic-Cartierville

« [Montréal serait] une personne calme, respectueuse. Elle ne peut pas rester seule chez elle; elle aime sortir, elle veut sortir, découvrir des trucs. »

Lunas, 12 ans, Ahuntsic-Cartierville

« Une personne curieuse et incontrôlable. Une personne qui n’arrête pas de bouger, qui veut être le centre de l’attention et qui veut tout essayer. »

Sara, 12 ans, Ahuntsic-Cartierville

« Moi, à Montréal, je trouve qu’il y a toujours quelque chose à faire. Il y a des activités, des festivals, le hockey, le Vieux-Port, des affaires de même. »

Olivier, 12 ans, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

« Oui, ce n’est pas une ville où l’on pourrait s’ennuyer, mettons. »

Savany, 14 ans, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

« Moi, ce que j’aime de Montréal, c’est le côté festif. »

Haïtem, 10 ans, Anjou

« J’aime aller visiter des choses. Comme aller au musée. N’importe lequel. Comme le Musée des beaux-arts. Là-bas, on pouvait faire des ateliers. Aussi, nous, on a fait des sculptures... »

Quynh Anh Lia, 7 ans, Le Sud-Ouest

« J’aime beaucoup les musées... le Centre des sciences. J’aime beaucoup les endroits où on peut faire beaucoup d’affaires ou les enfants peuvent courir partout et faire des choses. J’aime les ruelles bloquées près de chez moi où les autos ne peuvent pas passer parce qu’on peut jouer là en sécurité. J’aime aller au resto. »

Shannon, 8 ans, Le Sud-Ouest

Le parc, élément clef de la vie des jeunes citadins

Les parcs semblent essentiels dans l’existence des jeunes. C’est là qu’ils trouvent différentes structures de loisirs : des jeux et modules, mais aussi tout espace ou équipement permettant aux enfants de se dépenser et de rencontrer leurs semblables. Encore une fois, ces lieux figurent parmi les points positifs les plus souvent mentionnés :

« [...] Troisième chose préférée, c’est les parcs qui sont quand même pas mal développés et il y a pas mal de jeux, mais ça dépend des parcs. Certains ont des jeux d’eau et tout. »

Jasmine, 11 ans, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

« Au parc Molson, l’hiver, y’a une patinoire, y’a des modules pour les plus jeunes, l’été tu peux te détendre sur le gazon. »

Mégane, 13 ans, Rosemont–La Petite-Patrie

« J’aime ça, les parcs, tout ce qui a rapport avec la nature, où tu peux te promener et faire ce que tu veux. Puis aussi, des espaces où tu peux comme faire du sport, du soccer ou du frisbee. »

Béatrice, 11 ans, Pierrefonds-Roxboro

« Montréal, c’est un endroit où il y a vraiment beaucoup d’espaces verts comparé aux autres villes. Quand même ! Tsé, dans chaque arrondissement, on peut trouver un parc où il y a de l’herbe. On n’est pas comme aux États-Unis. Ils ont le Central Park, mais nous, on a un peu le Central Park partout, je trouve. »

Fatima, 13 ans, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

« Les parcs, ouais. J’ai trois parcs proches de chez moi. »

Anderson, 14 ans, Montréal-Nord

« Le Natatorium, les parcs et les espaces verts. »

Nicoaly, 13 ans, Verdun

« J’aime la bibliothèque de Mont-Royal et les parcs près de chez nous. »

Marie, 10 ans, Le Plateau-Mont-Royal

« [J’aime] le bord de l’eau, le Natatorium, les parcs pour faire des sports et jouer dans les modules. »

Maxime, 13 ans, Verdun

« Moi, j’aime les parcs où il y a toutes ces sortes d’activités puis même dans la ville où est-ce qu’il y a des activités. C’est vraiment le fun puis aussi, je ne sais pas comment ils font pour mettre une bonne ambiance. »

Andrée, 15 ans, L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève

« J’aime pas rester à la maison, parce que des fois on reste à rien faire, on regarde la télé et moi j’ai envie de sortir, de jouer, d’aller au parc. [...] J’aime jouer au parc et aller dans les jeux d’eau. »

Anh Khaili, 5 ans, Le Sud-Ouest

« Moi j’aime aller à la piscine. C’est une piscine où il y a des bains libres, des fois c’est ouvert, des fois c’est fermé. J’aime aussi aller au parc et regarder la télé. »

Kim-Carly, 9 ans, Le Sud-Ouest

Associées aux parcs, les activités sportives sont souvent mentionnées, elles aussi. On pourrait développer différentes analyses à ce sujet, mais pour la problématique du loisir qui nous intéresse, cela sous-entend deux choses.

Le sport est pratiqué par les jeunes dans les parcs, ce qui signifie que ces activités sont suffisamment accessibles, d’un point de vue géographique, mais aussi qu’elles visent le bon public.

Dans une certaine mesure, le parc est aussi un pôle d’activités économiquement accessible. Étant gratuit, il permet de « suspendre » la question du coût des activités, qui semble un vrai problème pour certains enfants et adolescents : les modules, le basket avec des amis ou une partie de frisbee sur la pelouse ne nécessitent aucun coût d’entrée ou de service.

Il n’est pas étonnant que les jeunes y voient de forts points d’ancrage :

« Juste... le parc ! Celui proche de chez nous. Je vais toujours jouer au basket là-bas, au soccer, au skatepark, au tennis, ping-pong, badminton... »

Wilfred, 10 ans, Lachine

« J’aime les activités comme le basket dans les parcs. »

Aïcha, 14 ans, Montréal-Nord

« Il y a beaucoup de choses ! J’aime venir au parc. J’aime la grandeur du parc Jarry. Il y a une piscine. »

Maya, 11 ans, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

« J’aime les parcs, parce que les parcs, ben... c’est vert, c’est beau, il y a beaucoup d’activités, c’est moderne. » Antoine, 12 ans, Anjou

« Qu’est-ce que tu veux dire par moderne ? » (Animatrice)

« Ben c’est... il y a des exercices... je vais dire ça comme ça, c’est pour un public de tout âge. Comme... il y a des exercices pour les adultes et des jeux pour les enfants, des modules, et puis si les gens aiment ça faire certains sports, ben, ils peuvent le faire dans les parcs. »

Le sport, activité connotée de façon positive, est source de plaisir et d’amusement. Il est une caractéristique qu’on associe volontiers à la ville. Pour exemple, lorsqu’on demande à Taki de décrire Montréal, il emploie des comparaisons avec des lieux sportifs :

« [Montréal serait] grand, avec des cheveux verts comme le stade et des yeux bleus comme une piscine. »

Taki, 10 ans, Montréal-Nord

Le sport est surtout un élément central qui semble structurer et rythmer la vie des jeunes Montréalais :

« Le hockey aussi j’aime. Je suis inscrit dans une équipe sur glace et j’y vais deux fois chaque semaine. L’hiver, je joue dans la neige avec mes amis. »

Benjamin, 11 ans, LaSalle

« Moi aussi c’est pas mal l’eau. J’aime les soirées de pleine lune où on fait du canoë sur le fleuve. On en fait depuis qu’on a moins d’un an. »

Mia, 11 ans, Lachine

« Humm, moi, j’aime les rivières, parce que je fais du kayak... »

Liu, 13 ans, Montréal-Nord

« J’aime aussi le Biodôme et le Stade olympique, pour me baigner. »

Annabelle, 16 ans, Anjou

« Moi, j’aime le foot et les sports au Stade olympique. J’aime quand les terrains de foot sont ouverts tous les jours. [...] Moi, je ferai une ville plus propre, mais aussi plus sportive, dans laquelle les gens sont en santé. Je veux que tout le monde soit énergique parce que c’est bon pour la santé. Je n’aime pas voir les gens dormir sur des chaises et tout. J’aimerais que les gens arrêtent de fumer. »

Mamady, 16 ans, Le Sud-Ouest

Cela explique la vivacité des réactions — colère, tristesse, déception, sentiment d’abandon — quand les jeunes, pour différentes raisons, ne peuvent pratiquer leurs activités sportives.

L’accès aux loisirs, une source de critiques

S’ils sont très accessibles, les parcs ne sont pas présents en abondance dans tous les quartiers, et leur usage est vraiment associé aux beaux jours. Il arrive aussi que ces espaces soient en travaux, fermés, loin, et, encore plus souvent, que les jeunes aient besoin de lieux spécifiques pour pratiquer leur discipline (piscines, stades ou terrains intérieurs). Les principales plaintes entendues ciblent l’éloignement géographique, les structures étant trop loin ou en processus d’éloignement :

« Moi, j’aime faire beaucoup de sport. Le basket, le soccer, le tennis, le football... Mais c’est difficile d’en faire dans le quartier. C’est compliqué parce qu’il n’y a pas de terrains ici. Sauf le terrain de soccer à côté de chez moi. Il faudrait plus de terrains et que ce soit facile de se rendre là-bas, par exemple en marchant. »

Kyron, 11 ans, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

« Dans notre parc, quand ils enlèvent les modules c’est énervant ! ! ! Ils enlèvent tout, mais ça fait qu’on a plus beaucoup de jeux à jouer, alors on doit aller dans d’autres parcs. »

Yoëlla, 10 ans, LaSalle

« Plus d’endroits pour faire du sport, exemple le baseball. Ne pas avoir à aller trop loin pour faire du sport. »

Andeol, 13 ans, Outremont

« Une piscine intérieure parce que je veux nager en hiver. J’ai fait des cours de natation, mais je dois toujours aller tellement loin pis c’est vraiment plate dans la voiture. »

Anthony, 12 ans, L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève

« Parce que je voudrais plus de terrains de football en salle dans le quartier. Y’en a pas assez et, en hiver, on peut pas jouer. Je voulais apporter cette idée à la ville. [...] J’aime le terrain de football à Vendôme parce qu’on peut pratiquer quand on veut, mais il est loin. »

Philippe, 15 ans, Le Sud-Ouest

Dans un arrondissement de l’ouest de l’île, une participante raconte la bataille de sa mère pour maintenir une piscine dans le quartier :

« Ma mère est allée voir, mais ils ne voulaient pas donner d’argent pour réparer la piscine du quartier [...]. Moi, je ferais du porte-à-porte pour parler de ce projet, comme ma mère. Moi, je ne pense pas que ça se réalisera pour ma piscine, car les gens sont têtus et n’écoutent pas vraiment nos points. Ils veulent détruire et refaire une nouvelle piscine à une heure et demie de chez nous: elle deviendrait inaccessible. »

Christine, 12 ans, Pierrefonds-Roxboro

Même constat pour les activités d’ordre culturel. Si les jeunes ne peuvent pas accéder aux divertissements dans leur quartier, ils sont obligés de s’éloigner de chez eux. Or, cela représente un véritable obstacle pour des enfants et des adolescents qui n’ont pas de voiture ou qui n’ont pas l’autorisation parentale nécessaire pour se distancer de la maison :

« Il n’y a pas assez d’activités intérieures en hiver. Il faudrait des “parcs intérieurs”. L’hiver, il faut absolument sortir et s’éloigner de l’arrondissement pour aller se divertir (exemples : parcs, musées...). »

Mère de Sophia, 9 ans, LaSalle

« Les restos au centre-ville : j’aimerais qu’il y ait de bons restos italiens ou asiatiques à LaSalle plutôt que les fast-foods disponibles. »

Alex, 13 ans, LaSalle

« Je mettrais plus de jeux et d’activités dans les parcs pour les enfants les week-ends et les jours fériés, comme Noël et tout. Comme ça ils pourront s’amuser et pas rester chez eux, tout seuls, enfermés et faire des activités. » Mathéo, 12 ans, Le Plateau-Mont-Royal

« Et quel genre d’activités tu mettrais en place dans les parcs ? » (Animatrice )

« Eh ben, l’été, de petites activités comme du basket, du foot, du tennis pour qu’ils s’amusent un peu, et l’hiver, des activités comme construire un petit château en neige... et tout ça... »

Quand il n’est pas restreint par l’absence d’équipement, l’accès aux loisirs peut pâtir de son mauvais état ou de son inadaptation. À Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, par exemple, la mère de Luciano, jeune garçon de 13 ans atteint d’une forme d’autisme assez avancée, déplore qu’il n’y ait pas de balançoires pour les enfants plus vieux. Son fils les aime bien, mais commence à devenir trop grand pour les installations en place.

Les plus âgés reprochent aussi aux modules de jeux d’être inadaptés à leur âge et de ne pas étancher leur soif d’adrénaline et de défis :

« Dans notre parc, le coin des petits est plus amusant que le coin des grands. »

Justinion, 12 ans, LaSalle

À Verdun, par exemple, tous les adolescents se sont entendus sur le fait qu’ils aimeraient un tremplin, une tour ou une installation qui puisse leur permettre de sauter en hauteur, de manière à leur procurer des sensations « plus extrêmes ». Assez avancés dans leur raisonnement, ils sont allés jusqu’à évaluer concrètement les garde-fous à mettre en place pour éviter de mettre en danger les plus petits :

« La sécurité de cette installation serait ajustée en fonction d’une limite d’âge, de grandeur et d’un test d’aptitude. »

Jonathan, 14 ans, Verdun

Une participante de Rosemont–La Petite-Patrie trouve les modules du parc Pélican très limités. Tout en parlant, cette petite fille très expressive fait de grands gestes avec les bras et escalade une structure invisible pour expliquer le type de modules souhaité :

« [Je voudrais] des modules plus sportifs, plus amusants, où tu peux escalader. Le coin des petits c’est plus amusant que le coin des grands. »

Royale, 11 ans, Rosemont—La Petite-Patrie

La nécessité de procéder à une inscription formelle et souvent payante a aussi été pointée du doigt comme étant un obstacle au plaisir.

« Les choses que j’aime sont trop chères, comme réserver des terrains pour jouer au soccer. »

Taki, 10 ans, Montréal-Nord

« J’aimerais pouvoir faire du soccer, simplement pouvoir accéder au terrain sans forcément être dans un club. »

Andeol, 13 ans, Outremont

« Il y a plein de choses sportives comme il y a du tennis, de la natation, il y a le soccer. Il y a comme plein d’affaires. C’est offert par la ville mais tu dois t’inscrire [...]. »

Anthony, 12 ans, L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève

« La Ronde, les piscines dans les parcs, les bibliothèques. J’aimerais m’inscrire à davantage d’activités, là, mais je m’en rends compte toujours trop tard. »

Justinion, 12 ans, LaSalle

Dans un autre registre, certains sites sont à proximité des jeunes, mais deviennent impratiquables pour d’autres raisons, comme celle de la sécurité :

« Ce qui m’énerve, c’est que le parc René-Goupil n’est vraiment pas entretenu. Parce qu’il y a beaucoup de vols, mon ami s’est fait voler son vélo. Il y a des gangs qui frappent tout le monde. On n’est pas en sécurité là-bas. [...] Mon vœu serait d’avoir plus de sécurité dans les parcs pour bien se sentir. Pour ne pas se faire frapper, pour ne pas se faire voler, ça prendrait plus de polices dans les parcs. »

Karim, 8 ans, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

À Mercier–Hochelaga-Maisonneuve également, une maman se plaint du manque d’éclairage dans les rues :

« Les rues sont trop sombres et ça m’inquiète quand mes enfants sortent le soir. J’aimerais aussi plus d’activités pour les enfants dans le quartier. »

Enfin, le coût des loisirs est une critique récurrente. Les jeunes ont très régulièrement mentionné leur besoin d’activités moins chères. On comprend bien que certains sont exposés à un discours sur l’argent à la maison (soit afin de souligner que certaines activités sont chères, et donc qu’on les consomme de façon ponctuelle, soit afin de justifier qu’on ne les consomme pas du tout).

« J’aime les activités sportives mais c’est cher. Comme j’aime la gymnastique c’est cher, le patinage artistique c’est cher, le ballet c’est cher. Ma mère n’a pas beaucoup de moyens pour acheter ça. Aussi : aller manger dans les restos coûte trop cher, ma mère n’a pas les moyens. »

Miya, 11 ans, Lachine

« Ce que je souhaite, c’est qu’on m’élise président. [...] Tout va être gratuit pour les enfants. »

Sohaib-Imrane, 10 ans, Montréal-Nord

« [Je voudrais] plus de camps d’été et plus de choses gratuites... »

Terry, 10 ans, Pierrefonds-Roxboro

« [Montréal serait une personne] riche ! Parce qu’il y a beaucoup de choses qui sont vraiment intéressantes... oui, c’est cher, mais au moins c’est amusant. »

Benjamin, 11 ans, LaSalle

« Je ferais des jours gratuits ou presque tout le temps gratuit. »

Un enfant (garçon), Anjou

« Et dans le Vieux-Port ! Tout est trop cher, les jeux, les restaurants, etc. »

Un enfant (fille), Anjou

« Être gratuit, c’est la principale chose. [Le principal critère.] »

Fatima, 13 ans, Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

Le cas de La Ronde

La Ronde est un exemple particulièrement révélateur des inégalités financières et géographiques. Dans bien des arrondissements, elle est profondément associée à l’image de la ville, elle est l’archétype du plaisir. C’est presque une synecdoque : on parle de La Ronde pour désigner l’entièreté de Montréal. Elle est un repère autant qu’un espace fantasmé, associé au rêve et aux joies des manèges. Toutefois, elle agit aussi comme une caisse de résonance des inégalités économiques et de l’isolement géographique de certains enfants. Si certains mentionnent exclusivement les aspects divertissants, amusants et positifs de La Ronde, d’autres évoquent le coût du parc d’attractions et le temps de trajet pour y accéder :

« J’aime La Ronde. »

Crina-Olivia, 12 ans, Lachine

« La Ronde. Parce que ça fait peur. J’aime faire le Goliath. C’est... je ne sais pas comment l’expliquer. Ça fait peur [dans le sens] que tu vas crier. »

Antoine, 6 ans, Saint-Laurent

« J’aime beaucoup aller à La Ronde. C’est amusant, une belle journée en famille et avec mes amis... la barbe à papa, les machines à toutous... »

William, 11 ans, Lachine

« Moi, ce que j’aime beaucoup, c’est La Ronde. Quand je vais à La Ronde, j’aime bien voir le pont Jacques-Cartier. »

Matéo, 12 ans, Le Plateau-Mont-Royal

« Moi, j’aime La Ronde, mais c’est vraiment cher. L’année passée, on avait la passe alors on y allait quand même souvent. Mais là on ne l’a pas alors c’est comme 60 $ pour une journée et on est cinq. Alors... »

Jasmine, 11 ans, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

« J’aime aussi qu’il y ait beaucoup de manèges proches de ma rue. C’est à La Ronde ! C’est pas trop long d’y aller... mais quand même assez long. »

Gabrielle, 7 ans, LaSalle

À noter que c’est une jeune fille vivant à Mercier-Hochelaga-Maisonneuve qui mentionne le prix de l’entrée; elle est bien au courant des avantages de la passe, du prix d’un billet et de ce que cela signifie pour une famille de cinq personnes. On peut aussi penser aux discours absents : c’est-à-dire à tous les jeunes qui ne sont jamais allés à La Ronde, ou pour qui y accéder n’est pas une option envisageable, et donc qui ne l’évoquent même pas comme un loisir ou un lieu de détente.

Les adolescentes et adolescents : les grands oubliés des loisirs ?

Si les enfants semblent être bien pris en charge et leurs besoins reconnus, les ados se trouvent parfois exclus de certaines activités ou peu consultés dans la construction des infrastructures.

On trouve de nombreuses plaintes de la part des adolescentes et adolescents [voir aussi analyse de Samuel Giroux] quant aux activités qui leur sont proposées. Si les enfants semblent être bien pris en charge et leurs besoins reconnus, les ados se trouvent parfois exclus de certaines activités ou peu consultés dans la construction des infrastructures. Les critiques sont multiples, elles vont du type de modules dans les parcs aux âges limite des camps de jour. On remarque que bon nombre de ceux qui verbalisent leur mécontentement proviennent des arrondissements d’Anjou et de Verdun. On peut supposer que dans ces quartiers, l’offre de divertissements pour les adolescentes et les adolescents est particulièrement faible :

« Quelque chose que l’on pourrait améliorer c’est les camps de jour. Moi, cette année, j’ai fait un camp de jour en arts plastiques, mais les camps de jour s’arrêtent à 12 ans, comme pas mal tous les loisirs. Faque moi, si j’ai 13 ans cette année, je ne pourrai plus aller dans les camps. Dans le fond, les ateliers spécialisés, c’est la seule chose qui me retient au camp de jour. Le fait d’avoir des camps spécialisés, je trouve ça vraiment intéressant, j’aime ça. »

Annabelle, 16 ans, Anjou

« Moi c’est les jeux d’eau, mais c’est limité à 8 ans, ce n’est pas le fun. Tu as chaud, à côté de chez toi tu as juste un jet d’eau, mais tu ne peux pas y aller parce que tu as au-dessus de 8 ans. »

Antoine, 12 ans, Anjou

« Je ferais surtout quelque chose pour les jeunes parce que je suis moi-même jeune. En fait, nous sommes plus centrés sur notre quartier, nous les jeunes. Donc, ça serait plus comme une grande activité pour tous, les jeunes de tous les quartiers. Peut-être un concours ou une course. Quelque chose qui puisse nous rassembler tous. Une grande activité pour tout le monde. Un événement rassembleur entre jeunes, de tous les quartiers pour se connaître un peu mieux. »

Talia, 15 ans, Ahuntsic-Cartierville

« Aussi, il y a une belle offre d’activités pour les enfants, mais très peu pour les adolescents. Ce serait bien qu’il y ait plus de sports, de trampolines et diverses installations. »

Alexandre, 12 ans, Verdun

Maxime, 13 ans, Verdun, abonde dans ce sens et propose plus de terrains de sport, des installations comme le bubble soccer lors de festivités comme la Grande Tournée. Jonathan, 14 ans, partage aussi le désir d’avoir un terrain bossaball (volleyball sur trampoline). Ismaël, 16 ans, souhaite quant à lui plus de terrains de basket, mais aussi des espaces mieux entretenus — en particulier les filets des paniers.

Analyse et recommandations

• La proximité des activités de divertissements et loisirs
On parle beaucoup du manque de certaines activités dans les quartiers, des terrains de soccer ou de basket éloignés de la maison, ou encore de la piscine de quartier qui doit fermer. Cette problématique est, selon moi, liée de façon implicite au transport : si les jeunes ont des transports limités ou contraignants — pas de pistes cyclables, de rares bus, ou encore des parents qui n’ont pas d’auto —, l’accès aux lieux de loisirs s’en trouve restreint.

• La gratuité ou la démocratisation des loisirs
Comme on pouvait s’y attendre, le coût de certains loisirs est central. Beaucoup de jeunes réclament soit une gratuité des activités, soit une réduction de celles qui sont considérées comme chères. Cette variable associée à celle de la proximité peut nous aider à mieux comprendre comment et pourquoi le divertissement devient un défi dans certains quartiers, surtout ceux où les parents veulent dépenser peu pour les loisirs et où les infrastructures sont loin du lieu de vie.

• Une offre mieux pensée pour les préados/adolescents
Ces derniers paraissent faire face à deux types de freins. Le premier serait de nature structurelle et matérielle : il n’y a pas d’installations vraiment pensées pour leur âge, d’où les souhaits de « trampolines », de « tremplins de piscine », de bubble soccer ou encore de « modules plus amusants ». La seconde limitation se manifeste par des règlements plus institutionnels basés sur l’âge. Ainsi, les camps de jour se terminent à 12 ans, et les jeux d’eau sont réservés aux enfants de moins de 8 ans. Les ados sont donc exclus de ces activités par des limites d’âge instituées qu’ils proposent de modifier.

  • En supposant que les parents aient une voiture, cela prend 30 minutes.

Après une maîtrise à l’EHESS, Pauline Neveu est actuellement candidate au doctorat de sociologie à l’UQAM. Depuis deux ans, elle y étudie le réseau d’hospitalité Couchsurfing, et plus particulièrement le rapport au lien social qu’implique cette pratique de l’accueil entre inconnus.