Montréal multiculturelle et cosmopolite

Fantasmes et réalités de l’inclusion

Tours de tables, en captant les paroles de jeunes de 6 à 17 ans, permet de penser un Montréal singulier et complexe — par eux et non pour eux. En parcourant leur ville au quotidien, en la vivant avec d’autres et en la rêvant, ces citadins de trajectoires et d’horizons divers forment et transforment la trame urbaine. Ils incarnent un cosmopolitisme particulier : celui de la diversité culturelle comme repère et standard, puis comme caractéristique positive de leur ville. La vie commune et le partage d’un même Montréal restent pourtant un défi.

Annabelle Ponsin

Télécharger la version PDF

Dans le discours des enfants, mais aussi dans les dynamiques collectives observables pendant les Tours de tables 2017, Montréal est une ville qui choisit de célèbrer la diversité plutôt que de s’appuyer sur des logiques d’assimilation et d’effacement des différences. Elle est ce creuset dans lequel chacun se dépose et semble se sentir chez soi.

La diversité comme fait montréalais

Ville au plus haut taux de bilinguisme en Amérique du Nord, Montréal se distingue par sa pluralité de langues, d’origines, d’accents, de contextes sociaux, de paysages urbains, d’activités, de rêves. Elle est le point d’ancrage d’une majeure partie des flux migratoires arrivant au Québec. Selon le recensement de 2016, elle est aussi, et de loin, la principale région d’accueil des immigrants internationaux : 62 % de ceux qui ont été admis au Québec entre 2010 et 2014 y résident actuellement. Ces personnes, issues de plus de 120 communautés culturelles, forment 28 % de la population totale de la région.

L’expérience Tours de tables 2017 témoigne de cette grande variété d’origines ou de pays de naissance des participants. Les langues maternelles des enfants, pourtant sélectionnés sans que cette diversité soit un critère, sont à ce titre révélatrices : français, anglais, mais aussi arabe, arménien, bambara, bati, bulgare, coréen, créole, créole mauricien, duala, espagnol, italien, japonais, hébreu, kabyle, libanais, malinké, mandarin, persan, peul, portugais, roumain, swahili.

Ce constat rejoint les conclusions du récent recensement (2016) : « Les Montréalais dont la langue maternelle est une langue non officielle sont deux fois plus nombreux que ceux dont la langue maternelle est l’anglais. » Ainsi, « les cinq langues étrangères les plus parlées dans la région métropolitaine sont l’arabe (18 %), l’espagnol (12,9 %), l’italien (10,9 %), les langues créoles (6,5 %) et le mandarin (4,2 %) ». Bien sûr, nous ignorons quelle part de la population n’a pas pu participer à l’activité parce qu’elle se donnait uniquement en anglais et en français (d’après les données du recensement, près d’un Montréalais sur cinq ne parle ni l’un ni l’autre à la maison), mais nous avons pu constater que tous les enfants tentaient de parler le même idiome. Conscients de leur diversité, certains enfants ont même proposé de faire du plurilinguisme un projet pour la ville :

« [J’aimerais] parler beaucoup de langues, car à Montréal on parle beaucoup de langues. »

Floriane, 10 ans, Lachine

Dynamiques collectives inclusives

Loin d’être un frein pour les dynamiques de groupe, le multiculturalisme semble disposer les enfants à une attitude d’ouverture et de bienveillance. Encouragées par l’animation et la démarche de philosophie pour enfants [voir l’analyse de Flavie Benoit, Anne Brel Cloutier et Natalie M. Fletcher], les scènes d’entraide et d’écoute étaient relativement fréquentes : les enfants prenaient le temps de comprendre l’autre, de proposer des mots aux allophones ou de les accompagner dans l’élaboration de leur pensée. De tels comportements ont été observés à Anjou, par exemple. Les enfants comprenaient les contresens de l’un des participants, arrivé depuis peu d’Algérie. Au lieu de répondre aux questions à propos de Montréal, celui-ci évoquait son pays d’origine et le désarroi de l’avoir quitté. Loin de s’impatienter, les autres lui laissaient le temps de chercher son vocabulaire et l’encourageaient par toutes sortes de signes non verbaux à exprimer sa perte de repères et sa relative tristesse :

« Est-ce qu’il y a d’autres activités que vous aimez ? On a déjà parlé de La Ronde, des parcs, de la fête, les carnavals. Est-ce qu’il y a autre chose que tu aimes de Montréal ? » (Animatrice)

« Lire dans l’école. » Samy, 6 ans, Anjou

« Est-ce qu’il y en a d’autres qui aiment faire ça ? » (Animatrice)

« Lire... (Cherche son mot.) Dans un “musicienne”. » Samy

« Lire de la musique, tu veux dire ? » (Animatrice)

« Oui des musiciennes de musique. » Samy

« Tu fais de la musique ? » (Animatrice)

« Oui, je fais très bien de la musique, mais je n’ai pas trop de musiciens. » [Pour dire instruments.] Samy

« Est-ce que tu joues de la musique ? » (Animatrice)

« Oui, j’ai joué déjà au piano. » Samy

« Est-ce qu’il y a des endroits où tu peux jouer de la musique à Montréal ? » (Animatrice)

« Oui, plein. » Samy

« Est-ce que tu peux me donner des exemples ? » (Animatrice)

« À Montréal, il y a de la musique avec... (cherche ses mots) dans tous les pays on peut faire de la musique, même des jouets ça peut faire de la musique. » Samy

« Oui, est-ce que tu peux en faire quand tu sors de chez toi ? » (Animatrice)

« Quand je pars dans mon amie, il avait un grand piano pour petits. » Samy

Le fait même que des enfants d’immigration très récente accèdent à une activité comme les Tours de tables atteste en soi d’une volonté d’inclusion des familles dans la ville. Même partiellement et même difficilement, elles ont accès à l’information ou du moins la recherchent. Elles trouvent des ressources pour s’enraciner et prendre part à la vie collective. La participation aux Tours de tables est souvent vécue avec fierté : les parents restent auprès des enfants durant l’atelier, prennent des photos et apportent un soin particulier à leurs réponses à la fin de l’activité, soucieux de proposer des améliorations aux services municipaux ou de témoigner de leurs besoins en tant que nouveaux arrivants. À Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Fatima, 13 ans, qui est par ailleurs très engagée dans le forum jeunesse et l’accueil des nouveaux arrivants, se dit ravie de participer à l’activité et préconise « plus de discussions comme celle-là » pour les rencontres et l’intégration des plus jeunes :

« [J’encouragerais] le fait de s’impliquer. [...] Tu découvres d’autres horizons à travers cette implication. Je trouve que c’est fort. Mais ce que je trouve un peu néfaste ou dommage, c’est que les nouveaux arrivants ne savent pas toujours où s’orienter pour s’impliquer. Montréal, c’est une ville qui a vraiment beaucoup d’immigrants. [...] [Parfois], ils arrivent ici sans famille, ils ne connaissent personne. [...] Il y en a certains qui ne parlent pas français. Et moi, je m’adresse plus aux jeunes pour leur intégration parce qu’eux, ils arrivent, ils ne connaissent rien. Moi, je ne pense pas que ce sont des adultes qui peuvent faire leur intégration. Ce sont des jeunes comme nous qui peuvent venir les approcher et dire : “OK, ici c’est cool.” Parler franc entre jeunes, quoi ! [...] Mais comme la vague d’immigration qui vient d’arriver ici, je pense que c’est plus nous, les jeunes, qui pourraient les adapter à Montréal et leur dire : “Hey, il y a plein de choses à faire à Montréal !” Quand on se met ensemble, c’est plus facile de communiquer que quand ils sont avec un adulte, le temps de s’ouvrir. Comme les festivals de jazz, les orienter. Ils pourront découvrir Montréal comme ils ont dit et rencontrer des personnes, connaître la musique, la multiculturalité de Montréal, sa diversité. Alors si on peut les aider, les orienter dans leur parcours migratoire, moi, je trouve vraiment ça assez important. Pendant l’été, pendant l’hiver, ils pourront s’adapter à un mode de vie montréalais. Parce que moi, la première fois que je suis arrivée ici en hiver, je trouvais ça plate. Il y avait beaucoup de neige puis je ne pouvais rien faire. Alors que l’année qui a suivi, quand je me suis intégrée à l’école, mes amis m’ont dit : “On peut faire du snow, on peut faire de la luge.” »

Ces discours traduisent une envie de prendre part pleinement à une dynamique d’inclusion. On veut donner au suivant, lui réserver l’accueil qu’on a soi-même reçu (ou qu’on aurait aimé recevoir).

Le multiculturalisme comme repère quotidien

La diversité des cultures présentes à Montréal semble sonner comme une évidence pour ces enfants.

La diversité des cultures présentes à Montréal semble sonner comme une évidence pour ces enfants. On peut le mesurer à l’absence de réactions lors des présentations, au début de chaque discussion : nul ne semblait relever la mention de prénoms de cultures variées, la présence ou l’absence d’accents, les comparaisons avec d’autres villes du globe. Pour cette génération de Montréalais, le fait d’être né dans un autre pays ou de grandir dans un cadre socioculturel autre que le sien n’est pas un critère d’étrangeté, c’est une norme. Cela en dit déjà long sur l’expérience qu’ils ont de la ville et sur la représentation qu’ils s’en font. Montréal est un lieu de rencontre avec l’autre; ils y fréquentent des gens d’horizons divers et envisagent leur cadre de vie comme un patchwork culturel qui cultive l’ouverture et l’acceptation des différences.

Toujours à Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, voici ce que les filles répondent spontanément quand on leur demande ce qu’elles aiment de leur ville et comment elles se l’imaginent :

« Moi, je pense tout de suite à la diversité. On peut faire le tour du monde en visitant cinq restos. Tu peux voir toutes les cultures. »

Ghita, 13 ans

« Il y a plusieurs cultures à Montréal. Les Indiens, les musulmans. Montréal, c’est une ville de tolérance, je pense. On vit tous en paix. Alors je pense [que si Montréal était une personne] il pourrait porter un foulard et après mettre la kippa. »

Fatima, 13 ans

« On ne se sent pas jugé. »

Savany, 14 ans

L’absence de réaction devant l’altérité n’est pas de l’indifférence — certains sont très curieux de savoir à quoi ressemblait le quotidien de leurs amis colombiens, algériens ou mauriciens avant leur arrivée au Québec. Elle révèle plutôt à quel point le multiculturalisme est un lieu commun à leurs yeux. Montréal se tisse à même les différences, en laissant l’espace aux enfants quelle que soit leur origine :

« Montréal est comme une montagne d’Espagne, car Mont-Real comme Real, la ville d’Espagne. »

Léana, 11 ans, Outremont

Représentations d’un cosmopolitisme

Ce caractère inclusif est aussi manifeste dans les narratifs des enfants, notamment dans leurs mises en récit de Montréal comme personnage. Fantaisistes, rocambolesques ou précises, leurs descriptions brossent le portrait d’une ville cosmopolite depuis ses origines :

« [Montréal], c’est un peu comme une longue histoire comment ça a été construit donc ça pourrait être un roman... » Maya, 10 ans, Le Plateau-Mont-Royal

« Et il y aurait quoi, dans ce roman ? » (Animatrice)

« Eh bien, au début, il y avait des Amérindiens, puis ils ont disparu, y’a la Nouvelle-France et puis il y a eu plein de choses depuis... Je ne sais pas trop, mais je parlerais de tout ça. » Maya

« C’est quelqu’un qui a un état spirituel en constante évolution, car la société grandit tout le temps. »

Charlotte, 12 ans, Pierrefonds-Roxboro

« Montréal est agréable, accueillante, persévérante. Elle se développe avec un afflux d’immigrants. »

Yoan, 12 ans, Lachine

« Ce que j’aime à Montréal, c’est que c’est une mosaïque culturelle, c’est rempli de plein de gens différents. Montréal, c’est aussi un mélange de passé et de futur [...]. »

Jasmine, 11 ans, Rosemont — La Petite-Patrie

Elle est une terre d’accueil :

« [Montréal pourrait être] un chien parce que c’est accueillant, c’est gentil et ça accepte tout le monde. Montréal, c’est un peu ça : une ville multiethnique, accueillante et jamais méchante. »

Anna, 16 ans, Mercier — Hochelaga-Maisonneuve

« Montréal, c’est comme une maison, car on se sent bien à Montréal. »

Rosalie, 10 ans, Anjou

« Montréal, c’est une des villes qui accueillent le plus d’immigrants dans le monde. »

Lunas, 12 ans, Ahuntsic-Cartierville

« C’est une personne très ouverte d’esprit, qui va toujours essayer de comprendre au lieu d’imposer les choses. Elle n’est pas fermée. » Charlotte, 12 ans, Pierrefonds-Roxboro

« Pourquoi c’est important pour toi l’ouverture d’esprit ? » (Animatrice)

« Car si on est juste fermés, ça va juste engendrer un égoïste et ça va juste développer... C’est juste négatif. L’ouverture d’esprit, ça permet d’aller au-delà de ce que tu vois et connais déjà. » Charlotte

« Si Montréal était une personne, elle pourrait être fantaisiste juste pour sentir qu’on est tous différents et on ne doit pas vraiment juger. »

Sodaly, 12 ans, Villeray — Saint-Michel — Parc-Extension

« Je pense qu’elle serait généreuse, elle aura comme tout le monde dans son corps, elle aura une partie généreuse et une partie méchante, mais c’est juste une petite partie parce qu’elle a plus de générosité. Parce qu’elle pourrait être gentille avec les autres et accueillante quand les gens vont venir, elle sera contente de les voir. »

Kim-Carly, 9 ans, Anjou

« Une personne calme, respectueuse. Elle ne peut pas rester seule chez elle; elle aime sortir, elle veut sortir, découvrir des trucs. »

Lunas, 12 ans, Ahuntsic-Cartierville

« Montréal serait un chien, car il y en a de multiples races, et ils forment une mosaïque comme Montréal. »

Jasmine, 11 ans, Rosemont — La Petite-Patrie

Par ailleurs, la diversité montréalaise est perçue comme une fête :

« Moi, c’est plus une personne accueillante et dynamique parce qu’il y a plein de choses à Montréal. Plein de petites choses, là, on ne peut pas s’ennuyer. »

Talia, 15 ans, Ahuntsic-Cartierville

« Une personne curieuse et incontrôlable. Une personne qui n’arrête pas de bouger, qui veut être le centre de l’attention, et qui veut tout essayer. »

Sara, 12 ans, Ahuntsic-Cartierville

« [J’aime] le carnaval ! » Préssendia, 10 ans, Anjou

« Quel carnaval, par exemple ? » (Animatrice)

« Le carnaval d’Haïti. » Préssendia

« Ça, est-ce que c’est dans ton quartier ou bien ailleurs ? » (Animatrice)

« C’est plus loin. Pis aussi, les kiosques d’Haïti et de tous les pays. » Préssendia

« Ça, c’est dans le carnaval ou c’est autre chose ? » (Animatrice)

« C’est dans le carnaval. » Préssendia

« Puis il y a quoi dans ces kiosques ? » (Animatrice)

« De la nourriture chinoise... et toutes les sortes de nourriture. » Préssendia

« Puis est-ce que c’est pour ça que tu aimes ces kiosques ? » (Animatrice)

(Hoche la tête pour dire oui.)

Elle est aussi un équilibre que les enfants savent très fragile. En témoigne cette conversation, à Ahuntsic-Cartierville, dans laquelle les adolescentes confient leur crainte de voir un homme politique comme Donald Trump prendre le pouvoir au Canada ou dans leur ville :

« Il y a plein d’enjeux. Il y a les arbres qu’on coupe de plus en plus. Il n’y a pas beaucoup de choses qui nous touchent plus les jeunes, ça touche plus la communauté en tant que telle. L’arrivée de Trump, ça affecte tout le monde. Nous sommes une ville accueillante qui n’a pas les mêmes intérêts que Trump. » Yara, 15 ans

« Montréal, c’est une des villes qui accueillent le plus d’immigrants dans le monde. On est beaucoup d’immigrants, pis juste le fait de savoir que Trump, il est juste en bas, ça nous fait un peu peur. On veut rester à Montréal. » Lunas, 12 ans

« Il y a une insécurité ? » (Animatrice)

« On ne se sent pas insécure, on a juste peur que d’autres gens comme Trump viennent au Canada. » Lunas

« Moi, je suis d’accord avec eux. C’est vrai que Trump affecte un peu notre sécurité, disons que la peur que ça arrive ici. » Meryem, 12 ans

Le cosmopolitisme, communément accepté comme un élément positif de Montréal, est un des traits qui caractérisent le mieux leur ville. Mais les représentations et les dynamiques inclusives suffisent-elles à conclure que ces enfants réussissent à y prendre place ? Qu’ils ne s’y sentent jamais étrangers, en danger, rejetés ? Vivent-ils vraiment cette diversité dans leur quotidien ?

Montréal, une multitude de territoires vécus

En travaillant sur les espaces de vie que les enfants nomment au fil de leurs récits et sur les cartes mentales qu’ils dessinent par le biais de leurs trajectoires quotidiennes, on peut étudier la façon dont ils vivent réellement cette diversité.

Une des questions demandait aux enfants d’identifier les repères environnementaux les plus immédiats pour eux : « À quoi repères-tu que tu es bientôt arrivé chez toi ? », (formulations variables). Les réponses permettaient d’entrevoir les éléments qui forgent le sentiment d’appartenance et le cadre mental des participants. On y décèle des lieux de convergence qui deviennent des espaces d’appropriation de Montréal — « leur Montréal », en quelque sorte.

Les trajets quotidiens sont un élément crucial dans le processus de familiarisation : « Grandir, pour l’enfant, puis l’adolescent, c[’est] aussi acquérir cette aisance spatiale due à la reconnaissance d’un rythme fait [...] de surfaces et de matières, d’un univers désordonné de bruits et de voix, d’une série de façades quotidiennement longées et de visages régulièrement aperçus », explique Jean-Marc Besse dans son livre Habiter : un monde à mon image.

La carte subjective des enfants s’organise autour d’un triptyque : la maison, l’école et les lieux urbains « à soi » — essentiellement les parcs, les bibliothèques, les piscines, les équipements sportifs et autres lieux de rencontre et de socialisation. Les trajets entre ces pôles sont réalisés à pied, en vélo, en trottinette et même en transports en commun. Le rapport à la trame urbaine y est alors direct et immédiat, l’exploration et la familiarisation individuelle sont possibles. C’est pendant ces trajets routiniers (certains se font en voiture, mais partagent ce caractère quotidien) que les plus jeunes s’arriment à des repères visuels, comme des détails architecturaux, des façades, de la végétation ou du mobilier urbain, une signalétique routière, une enseigne de magasins qu’ils « reconnaissent » :

« C’est une belle ville en elle-même, car il y a beaucoup d’arbres dans le quartier et beaucoup de repères pour se déplacer facilement... À part dans Mont-Royal où l’on se repère mal, je trouve que la ville est bien faite, [...] peut-être que c’est parce que j’y suis depuis longtemps, mais je trouve que l’on se repère bien. »

Charlotte, 14 ans, Outremont

« Je reconnais la clôture, la rue, ou des trucs comme ça, des fois je reconnais des voitures toujours à la même place, je les reconnais donc. »

Daphnée, 7 ans, Le Plateau-Mont-Royal

« Eh bien, les panneaux, l’entourage, la rue que l’on est habitué à voir, par exemple, il y a un arbre qui est particulier, par exemple les branches et les formes particulières... Il y a beaucoup d’arbres dans mon coin. »

Mathéo, 12 ans, Le Plateau-Mont-Royal

« Quand je reviens de l’école en autobus, à mon arrêt, quand je débarque, je vois une garderie abandonnée — elle est comme abandonnée. Je reconnais les parcs et la bibliothèque aussi. »

Béatrice, 11 ans, Pierrefonds-Roxboro

« Quand il commence à avoir moins d’arbres, ou quand je vois le marché Jean-Talon. »

Charlotte, 14 ans, Outremont

« Proche de chez moi, il y a une grosse église et un piano dehors. Il y a le café Larue [& fils]. C’est juste à côté de chez moi. »

Maya, 11 ans, Villeray — Saint-Michel — Parc-Extension

« Moi, la première chose que je vois quand on sort de l’école et qu’on est proche de chez moi, ce que je vois en premier, il y a un mur de peinture avec quelques bonshommes et il y’a le parc. Et il y a un dépanneur juste à côté. C’est ce qui me fait savoir qu’on est arrivé à côté de chez moi. »

Karim, 8 ans, Villeray — Saint-Michel — Parc-Extension

« La TOHU, c’est un endroit où il y a beaucoup d’événements. C’est comme un gros rond de fromage. »

Marc-Olivier, 11 ans, Villeray — Saint-Michel — Parc-Extension

« Moi, il y a deux dépanneurs à côté de chez moi. Aussi, il y a une maison en rénovation juste à côté de chez moi. Lorsque je les vois, je sais que je suis rendu. Quand je marche quelques rues, il y a un parc. Un parc un peu plus petit que celui-ci. »

Housem, 11 ans, Villeray — Saint-Michel — Parc-Extension

« Il y a un centre communautaire, une bibliothèque et un dépanneur. »

Wendy, 10 ans, Villeray — Saint-Michel — Parc-Extension

« Il y a un dépanneur juste à côté de chez moi. Il y a aussi un métro, le métro De Castelnau. »

Maria Paela, 9 ans, Villeray — Saint-Michel — Parc-Extension

« Moi, je vois le canal de Lachine ou le parc... Cartier, je crois. »

Lilie, 13 ans, Le Sud-Ouest

« Moi, c’est le Super Hôpital. Vraiment quand je vois ça, je sais que je suis arrivée parce que je le vois de ma fenêtre. »

McKyla, 12 ans, Le Sud-Ouest

« Moi, quand je passe sur la route Décarie, je sais que je suis bientôt chez moi. »

Philippe, 15 ans, Le Sud-Ouest

« Moi, en voiture, je ne regarde pas vraiment par la fenêtre. Alors j’écoute ma petite sœur parce qu’elle me dit quand on est près de chez nous. »

Teccara, 9 ans, Le Sud-Ouest

« Le parc Vinet, tout près de la bibliothèque. »

Mamady, 16 ans, Le Sud-Ouest

« L’échangeur Turcot. »

Rose-Marie, 13 ans, Le Sud-Ouest

Ces repères leur permettent de rentrer chez eux, de bouger en toute confiance, de gagner en autonomie. Ils forment des balises pragmatiques mais également affectives — c’est par elles que les enfants s’attachent à leur ville, qu’ils racontent sous forme de scènes :

« Moi, c’est quand je vois mes amis, mes voisins, et puis il y a un grand arbre devant chez moi... Un sapin, je crois. Il est vraiment gros, pis quand je le vois je suis contente, puis je vais m’asseoir dans mon divan, c’est cool. »

Yana, 10 ans, Le Plateau-Mont-Royal

« [Quand je rentre, il y a] un gros chat noir et blanc toujours près de chez moi, il me suit tout le temps. »

Maxime, 10 ans, Outremont

« Moi, je reconnais l’escalier de ma maison et souvent quand je rentre le soir, le chat miaule à la porte parce qu’il veut rentrer, ou alors il est déjà rentré. »

Adia, 9 ans, Le Plateau-Mont-Royal

Le sentiment d’appartenance se développe dans les interactions avec les animaux, mais aussi avec les « gens du quartier », des « voisins » qui ne sont pas nécessairement des intimes. Ces relations de l’ordinaire contribuent au sentiment d’un « chez soi » partagé dans la trame urbaine. Elles reflètent la socialisation des enfants, notamment lorsqu’ils évoquent un espace public qui semble importer dans leur vie (une boutique, un marché, un restaurant, un lieu de rencontre, etc.).

« Moi, il y a une école à côté de chez moi et, des fois, je vois des personnes que je connais, c’est comme ça que je sais que j’arrive. »

Samy, 8 ans, Anjou

Pendant leurs déplacements, les jeunes délimitent « leur » ville : ils choisissent leurs parcours favoris, contournent certains espaces — les lieux des fumeurs, les parcs à telle ou telle heure, certaines rues dans lesquelles les gangs de rue règlent leur compte, etc. C’est le Montréal sur lequel ils ont prise, défini autour des territoires qui leur sont propres et à rebours de ceux qu’ils identifient comme n’étant pas ou plus « pour eux » (un lieu associé à la petite enfance, par exemple, quand on est un adolescent). Cet engagement ou ce désengagement physique et affectif s’exprime aussi dans les souhaits que les jeunes formulent pour leur ville :

« Je changerais toute la rue pour mettre du bon béton, on prend toujours un trou avec mes parents. »

Baia, 13 ans, Outremont

« J’améliorerais le transport en commun pour que ça soit plus facile de vivre sans voitures. Les routes que l’on construit coûtent plus cher que les pistes cyclables... Donc, si on finance les pistes cyclables, ça reviendra moins cher et on ira dans le sens de pays développés comme la Suède. »

Majdi, 16 ans, Outremont

« J’ajouterais des pistes cyclables pour être plus protégé des voitures. »

Alexandra, 13 ans, Outremont

« [Je ferais plus de] piscines intérieures pour nager en hiver. [...] J’ai fait des cours de natation, mais je dois toujours aller tellement loin pis c’est vraiment plate dans la voiture. »

Anthony, 12 ans, L’Île-Bizard — Sainte-Geneviève

« Dans les quartiers, il n’y a pas trop d’affaires. [Il faudrait] que les personnes ne passent pas leur temps à voyager avec les transports. C’était moins le cas à Dollard-des-Ormeaux. »

André, 15 ans, L’Île-Bizard — Sainte-Geneviève

« Moi, je trouve qu’il y a trop de monde qui fume, dans les parcs ou à la sortie de l’école, et je trouve que ça donne mal à la tête. » Baia, 13 ans, Outremont

« Je voudrais juste ajouter quelque chose là-dessus; oui il y a ça au parc près de mon école, il y a beaucoup de consommateurs de drogue dans un parc et personne ne dit rien, c’est assez “drôle” de voir que personne ne dit rien. » Charlotte, 14 ans, Outremont

« Et par terre, on trouve souvent beaucoup de cigarettes, même pas utilisées parfois, et des bouteilles de bière. » Baia

« Vous sentez-vous en sécurité ? » (Animatrice)

« Oui, mais bon c’est juste énervant par exemple il faut faire attention où l’on marche, tu peux pas simplement te mettre en gougoune, puis tu sens la cigarette... Oui et puis tu sens la cigarette toujours à cause du nuage au bord de l’école, et les parents font des remarques... La direction les fait fumer sur le bord de l’école. » Charlotte

« Moi, je ne trouve pas ça sécurisant, car je rentre à pied du soccer, j’ai peur surtout l’hiver, s’il fait noir, peur que quelqu’un soit trop soûl, par exemple. » Baia

« En parlez-vous autour de vous de ça ? » (Animatrice)

« Moi, j’étais dans une équipe de soccer et on en a parlé à la direction, je suis aussi au conseil, mais souvent on ne peut pas faire grand-chose, il y a comme des règles... La commission scolaire a des dispositifs, mais c’est une question qui revient chaque année. [...] Même si on nous écoute, c’est difficile de se faire entendre quand on est jeune, ça prend plus de préparation, même si on va au conseil municipal, il faut être bien soutenu... Et justement c’est vraiment le fun qu’on nous écoute aujourd’hui... Par exemple dans l’éducation, c’est nous qui recevons l’éducation, mais c’est jamais à nous que l’on demande un avis... On nous dit que, comme on est ado, on croit tout savoir alors qu’on ne sait rien... » Charlotte

« Oui et puis, les adultes pensent toujours tout savoir plus que nous, ils nous disent : “J’ai déjà eu ton âge.” » Baia

« Vous pensez que les choses sont imposées ? » (Animatrice)

« Oui, alors que quelque chose dans les années 50 et quelque chose aujourd’hui, c’est pas vraiment la même affaire. » Baia

« Quand on change les parcs, est-ce que vous vous sentez consultés ? » (Animatrice)

« Non ! » (À l’unisson)

« C’est dommage, car c’est nous en tant que jeunes qui l’utilisons le plus, mais on ne va pas nous consulter et ils vont demander à d’autres qui ne vont pas aimer les enfants, par exemple. Ça me rappelle un exemple quand j’étais plus jeune, un monsieur avait fait un article sur les jeunes et on avait dû arrêter de faire des jeux dans les parcs pendant quelque temps. » Charlotte

Ces espaces sont en quelque sorte les seuls lieux dans lesquels les jeunes peuvent exprimer leur envie d’agir sur la ville. C’est là qu’ils sont libres de jouer, de se construire, de bâtir une ville à leur image. Les parcs, les bibliothèques, les piscines sont des espaces d’appropriation ultime, des endroits pour grandir, s’autonomiser, se faire des amis, imaginer, créer. Comme on le devine à travers la conversation de Charlotte et Baia, c’est une véritable « catastrophe » lorsque ces lieux sont rendus impraticables, qu’ils sont clos, ou en travaux. Une mère disait ainsi : « En ce moment, ils refont le parc, ça a été une catastrophe tout l’été, ça les a privés de jeux. »

« Le parc, c’est là où les enfants se retrouvent, se rencontrent, s’amusent, vivent en dehors de leur maison. »

Une mère, Anjou

« Dans notre parc quand ils enlèvent les modules c’est énervant ! ! ! Ils enlèvent tout, mais ça fait qu’on a pu beaucoup de jeux à jouer, alors on doit aller dans d’autres parcs. »

Yoëlla, 10 ans, LaSalle

Diversité réelle et fantasmée

Dans les parcs, nous sommes en quelque sorte sur leur territoire.

Dans les parcs, nous sommes en quelque sorte sur leur territoire : ils sont en mesure de nous en exposer les rouages et les zones. Car les parcs sont des lieux collectifs où convergent plusieurs publics. Ils sont donc des espaces co-construits :

« Moi, c’est qu’il y a un parc de bébé, des fois, je joue dedans. »

Un enfant, Saint-Laurent

« J’aime les parcs et jouer au soccer avec des amis, le soir ou le matin quand il n’est pas pris. Mais il est souvent occupé. »

Andéol, 13 ans, Outremont

« [Les parcs] sont remplis de plein de gens différents. »

Jasmine, 11 ans, Rosemont — La Petite-Patrie

Les enfants sont des médiateurs, des liants sociaux. Par les jeux et les amitiés, ils impulsent des rencontres entre parents et font des parcs des lieux d’appropriation de la diversité [voir à ce sujet le rapport du recensement 2016 Les enfants issus de l’immigration : un pont entre les cultures]. Les représentations d’un Montréal de la diversité, puisées dans une vie commune partagée, dessinent alors l’idée d’une ville inclusive. À Anjou, la discussion des adolescents était assez édifiante :

« Je veux juste rajouter avec ce que tu as dit, Antoine. Je trouve ça vraiment pratique comment ils ont maximisé l’espace ici, ils ont refait des jeux, ça permet de passer plus de temps avec la famille ou avec les amis. » Annabelle, 12 ans

« Ouais, par exemple, c’est nouveau, mais là-bas, ils ont fait des modules, ils ont rajouté des balançoires pour les aînés où il y a deux sièges, puis tu peux te balancer. » Antoine, 12 ans

« C’est bien, selon vous, d’être dans un parc où il n’y a pas juste des jeunes, mais où il y a aussi des aînés ? » (Animatrice)

« Ça nous fait voir plus de monde, ça nous fait voir de la diversité, il n’y a pas juste des enfants de moins de cinq ans, ça nous fait voir des gens qu’on connaît, ça nous fait développer des amitiés avec les gens qu’on croise tous les jours. » Annabelle

En parallèle, les trajectoires lointaines liées à des lieux rarement — ou jamais — visités génèrent des fantasmes. Ces trajets éloignés forment des représentations distanciées, objectivées, de l’autre. Les enfants nomment « des Montréal » différents, dans lesquels la diversité ne semble plus être vécue, mais mystifiée à partir de discours entendus. Il y a les quartiers chinois, italien, indien, les quartiers « snobs », comme Mont-Royal [voir la discussion à Outremont] et les quartiers pauvres. Les jeunes perçoivent la ville non plus à partir de leur expérience d’enfant, mais davantage par rapport à des jugements recyclés d’adultes [pour aller plus loin à ce propos : L’enfance de l’ordre. Comment les enfants perçoivent le monde social, Seuil, 2017].

Certains Tours de tables nous ont ainsi permis d’accéder à ces jugements sur la diversité, teintés d’exotisme :

« Ce que j’aime beaucoup, c’est qu’il y a plein de quartiers de différents pays. J’aime toutes les cultures, comme le quartier chinois ou italien [...] Sinon, des fois, y’a des quartiers dans Montréal qui sont plus pauvres, par exemple dans Hochelaga, y’a des parties où y’a des gens, tu veux pas vraiment les voir, y’a des pédophiles, mais comme partout. » Mégane, 13 ans, Rosemont — La Petite-Patrie

[...]

« Habituellement, tu te déplaces comment : à vélo, à pied ? » (Animatrice)

« Souvent à pied parce que je reste dans mon quartier, ou bien avec mes amis le bus ou le métro. Mais j’aime pas utiliser l’auto. » Mégane

Ainsi, les trajets courts semblent développer des relations denses aux lieux et des représentations nuancées de la diversité montréalaise, tandis que les trajets longs, liés aux moments d’exception, modèlent des repères qui relèvent plus du fantasme, positif ou négatif. En ce sens, La Ronde et le Biodôme sont des mondes à la fois reliés à Montréal — voire archétypiques — et totalement hors de la réalité — voire inaccessibles parce que chers, loin, etc. [voir l’analyse de Pauline Neveu] Ils sont associés à des événements de partage entre amis et familles, des occasions qui suspendent le quotidien. Ils sont reliés à une cartographie plus floue, mais aussi plus vaste, qui se construit au fil des trajets en voiture ou en transport en commun.

Recommandations : comment travailler à un Montréal inclusif ?

Au regard de ce que nous avons pu analyser et recueillir, il semblerait que plusieurs axes de réflexion se dessinent pour une trame urbaine plus inclusive :

1) Permettre aux enfants de traverser Montréal de manière autonome et sécuritaire, c’est également leur donner l’occasion de s’y inscrire, de s’y sentir inclus et considérés, et, véritablement, de légitimer leur vision de la ville. Cela permet également aux enfants immigrants de comprendre davantage leur nouvelle ville, de la vivre non pas comme un étranger, mais comme un habitant. Il convient de veiller à la sécurisation des parcours, à la prise en compte des besoins des jeunes, à l’instauration de la gratuité des transports et à l’accompagnement des enfants en bas âge pendant les trajets.

« Je pense qu’il faudrait la gratuité pour tous les moins de 18 ans, tout le temps ! Pour l’école, c’est fou comme ça coûte cher de se déplacer... Et on ne peut pas faire autrement. »

Une mère, Anjou

2) Dresser des ponts sociaux et culturels entre les quartiers pour éviter d’alimenter des mythes sur l’autre. La mise en place d’activités qui mélangent des enfants de divers quartiers de manière rituelle permettrait de créer des sortes de jumelages internes à la ville. À Ahuntsic, les adolescentes appelaient cela de leurs vœux :

« Je suis curieuse : pourquoi vous voulez rassembler les jeunes ensemble, c’est quoi qui est important pour vous ? » (Animatrice)

« Ben pour être unis. Parce que nous sommes dans une période où on est un peu perdu à l’adolescence. On ne sait pas ce qui va se passer après. Qu’est-ce qu’on va devenir comme adultes, nos responsabilités. On ne sait pas ce qu’il y a après notre quartier parce qu’on vit dans notre quartier et c’est là que se passent la plupart des choses. Si on rencontre plus de gens, on va faire plus de liens. » Talia, 15 ans

« C’est surtout pour s’amuser. Pour connaître d’autres cultures : nous, on a notre culture à Ahuntsic, on voudrait voir ce qu’ils font les autres. Nous, on a notre bibliothèque, peut-être que c’est la montagne sur Le Plateau — Mont-Royal. S’ouvrir. Comprendre quels sont leurs points de rassemblement. C’est plus pour connaître les autres. Sociabiliser, s’amuser, apprendre plus de choses. » Yara, 15 ans

3) Développer des ateliers de philosophie pour enfants dans les écoles, les bibliothèques, les lieux de rassemblement. Il importe de discuter de ces stéréotypes liés à la diversité et de les dépasser [voir l’analyse de Flavie Benoit, Anne Brel Cloutier et Natalie M. Fletcher, qui consacrent une partie de leur analyse à ce sujet], mais aussi de saisir les paroles des jeunes et d’installer des lieux de débats inclusifs.

4) Il faut développer et préserver les services et les lieux qui construisent la vie collective dès l’enfance : les bibliothèques, les parcs, les ateliers culturels et sportifs, qui sont des clefs de voûte de l’intégration et de l’apprentissage des langues officielles. Il convient de les rendre accessibles, sans coupes financières ni saisonnières, en prenant en compte les multiples manières de s’approprier et d’accéder à ces lieux selon les bagages culturels de chaque enfant.

« C’est dommage, il faut avoir une carte de bibliothèque pour aller à la piscine, ce n’est pas pratique. Ils sont trop intransigeants ! J’ai été refusé, car je n’avais pas de preuve de résidence sur moi, bref, ça devrait être plus simple d’aller à la piscine ! »

Un père, Anjou

« Moi, je voudrais dire quelque chose, je trouve qu’on a eu un très bon accueil [...] mes enfants parlaient pas le français, et les classes de langue ont beaucoup aidé. »

Un autre père, Anjou

« Moi, les organismes communautaires m’ont beaucoup aidée avec mes enfants. Car j’avais peu d’argent en arrivant. »

Une mère, Anjou

« Je pense qu’il faudrait plus d’ateliers de musique ou de sport. »

Un autre père, Anjou

« Là-dessus, j’ai une expérience : il y a un club de lecture, que je trouve très bien pour nos enfants, mais il y a très peu de places... donc si on arrive à 10h (c’est-à-dire à l’heure), on est déjà en retard ! »

Une mère, Anjou

À propos du besoin de maintenir ces activités sans interruption :

« Il n’y a pas assez d’activités accessibles, et il n’y a RIEN en hiver, rien, alors qu’en été il y en a presque trop. »

Un père, Anjou

« Puis, si on n’a pas de voiture, on ne peut rien faire ! »

Un autre père, Anjou

« Aussi, les camps de vacances ne sont pas toujours disponibles. Ça pose de gros problèmes... on ne peut pas aller travailler, c’est compliqué. »

Une mère, Anjou

Les lieux de rencontre doivent demeurer des lieux ouverts, en tenant compte des embûches que doivent surmonter les Néo-Canadiens.

Micheline, 13 ans, LaSalle, dont le père a été médecin en Afrique pendant 20 ans, avant de devoir tout reprendre à zéro ici, explique : « Il faut accepter les diplômes étrangers des nouveaux arrivants... Il faut avoir des fondations ou organismes pour qu’ils créent des bons contacts. »

« Il est difficile d’habiter une ville. Il faut l’apprendre. Il faut connaître ses endroits et ses chemins. Il faut surtout connaître ses mots, ses noms et ses verbes. Toute ville parle une sorte de langue qui lui est singulière et dont il faut acquérir la familiarité, explique Jean-Marc Besse. Elle se présente bien souvent pour l’étranger, touriste ou nouvel arrivant, mais aussi pour l’enfant, comme un monde fermé sur lui-même et dont il faut trouver les portes d’entrée, les lignes de faiblesse, les zones de pénétration possible. »

Montréal parle une langue diverse et plurielle. La place des enfants, la manière dont ils s’approprient l’espace urbain et leur éventuel parcours migratoire sont trois variables à envisager ensemble. Car il ne suffit pas de promouvoir une diversité, il reste à la vivre pleinement et à en faire un pilier de l’avenir montréalais. L’inclusion des enfants et des diversités se fera dans un élan commun d’accessibilité financière, culturelle, spatiale et sociale : c’est en créant des passerelles pérennes entre les quartiers et en diffusant les ressources que les cultures se vivront en commun.

  • Des immigrants admis au Québec en 2015, 35,5 % sont nés en Asie, 31,6 % en Afrique, 16,9 % en Europe et 15,8 % en Amérique. Pour la période 2011-2015, la Chine arrive au premier rang, suivie de la France, d’Haïti, de l’Algérie et du Maroc. Les données du premier semestre de 2016 placent la Syrie (14,5 %) au premier rang, suivie par la France (9,9 %), la Chine (6,7 %), l’Iran (5,2 %) et Haïti (4,6 %), selon ce même recensement

  • Si aucun atelier Tours de tables ne s’est donné en anglais, il a été possible pour les enfants, plus à l’aise en anglais, de s’exprimer dans cette langue. Les propos étaient ensuite traduits pour le reste du groupe.

À mi-chemin entre ethnographie, philosophie et sociologie, Annabelle Ponsin fait des sciences humaines son terrain de jeu. Doctorante en sociologie, elle met le viseur sur Montréal et ses diversités et se penche sur l’appropriation des espaces de la ville par des familles immigrantes.